Microcrédit, instrument du libéralisme

Défendu à la fois par des institutions, des personnes libérales (FMI, Banque Mondiale, des multinationales, l’UMP, le PS,…), ou des groupes « progressistes » (Une branche du PCF, la croix rouge, l’ONU…), le microcrédit est promu comme LA solution « pour éradiquer la pauvreté dans le monde » (indépendamment du gouvernement si on suit Mohammed Yunus, le « père fondateur » du microcrédit). L’idée est qu’avec un prêt minime, on peut s’acheter des objets, outils, ou autres services assez productifs pour que les personnes non seulement remboursent leur prêt et s’enrichissent de manière stable. Selon l’ONU, si on traduit, s’il y a des personnes en situation de pauvretés, c’est qu’elles n’on pas accès au crédit bancaire (=elles ne sont pas assez endettées). Et on va crier à l’injustice car le pauvre, contrairement aux riches, se voit refuser le crédit bancaire  par les banques ! L’argument qui prouve que le microcrédit réussit, c’est qu’on atteint jusqu’à 97% de remboursement

18 qui paie ses dettes

A l’échelle des individus, la logique des défenseurs du microcrédit semble sur le papier très honorable et très prometteuse. Mais dans les faits cela ne marchent pas : En Inde, l’institut français de Pondichéry estime effectivement que 15 %  des emprunteurs voient leur condition de vie s’améliorer. Mais 15% se paupérisent encore plus (rentrent dans le cercle vicieux de l’endettement), et 70% ont exactement la même situation. Il suffit de mettre en avant ces 15 premiers % pour une propagande efficace…

Mais dans ce cas là, comment se fait-il qu’on ait un tel taux de remboursement ? La question est d’autant plus intéressante  que pour la Grameen Bank par exemple (banque à microcrédit « modèle » basée au Bangladesh), le taux d’intérêt  est de 20%.

18 discipline unity courage

Par endoctrinement : Pour accéder à un microcrédit, la Grameen Bank exige de connaitre et d’adhérer à une charte de 16 points, évoquant un mode de vie type à avoir (nombre d’enfants, hygiène de vie). « 15 : Si nous venons à connaître une infraction de discipline dans un centre, nous irons tous là bas et aiderons à rétablir l’ordre. ». Toutes les semaines, les femmes, pour une partie analphabète, se réunissent dans un centre, où on les fait marcher au pas et répéter les slogans du type : « la lumière de la Grameen Bank, allumez la dans chaque maison », ou celle de l’image ci-dessus (photo venant du site de la Grameen Bank)

Par pression sociale : L’emprunt se fait par groupe de 5 emprunteuses. Le groupe est responsable du remboursement. Si une femme ne rembourse pas, tout le village se voit refuser un nouvel emprunt.

Par sélection : Les projets en microcrédits sont discutés par la Grameen Bank, on va donc sélectionner avant tout ce qui est rentable, et donc pas forcément ce qui est socialement important. Acheter une vache pour nourrir juste sa famille ne rapporte pas d’argent, il faut que l’emprunteuse effectue une activité lucrative pour au moins rembourser le prêt.

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La Grameen Bank a ainsi valorisé les élevages de crevettes au Bangladesh (la quasi-totalité des crevettes sont revendues dans les pays du Nord). Ces élevages posent de gros problèmes : « Les effets de l’élevage de la crevette sur les moyens d’existence des populations locales sont dévastateurs. La production agro-pastorale a diminué à cause de la salinité du sol, de même que la pêche, parce que les éleveurs de crevettes ont coupé 40 % de la forêt côtière de palétuviers. Les zones côtières […] ont été converties en déserts de sel. Ceci a provoqué une pénurie d’eau potable et de combustible, ainsi qu’une augmentation des maladies d’origine hydrique [choléra, l’hépatite A-B, la polio] … » Sans parler des conditions de travail des femmes, 8 à 10 heures par jours dans l’eau froide, salée mélangée à de la chaux.

 Conséquences systémiques :

La généralisation du microcrédit (en 2007 les 20 plus grandes institutions à microcrédit touchent plus de 105 millions de personnes) entraine de nombreuses conséquences à l’échelle des sociétés. Le modèle du microcrédit diffuse une idéologie particulière :

L’individualisme : Le microcrédit, c’est diffuser le mythe que quelque soit la politique gouvernementale et le modèle sociétal, les individus peuvent avec de la volonté et un peu de sous, réussir eux-mêmes. Cela s’oppose à des modèles d’organisations collectives (tontines qui est une sorte d’épargne collective, les luttes sociales, l’établissement collectif de coopératives autogérées,…). Ces infrastructures ne peuvent coexister, car lorsqu’on a des dettes, il faut avant tout les rembourser.

La privatisation : Les institutions à microcrédit défendent souvent un désinvestissement de l’Etat. Les Etats libéraux sont satisfaits de se désinvestir de certaines fonctions. Pour donner un ordre d’idée, la Grameen Bank a créé et gère à côté de l’activité de microcrédit 25 compagnies qui s’occupent de tous les secteurs : l’eau, l’agriculture, la téléphonie, l’énergie, internet, la santé, la naissance, la mort… Ces compagnies travaillent et sont financées par de nombreuses multinationales, fondations de milliardaires, ou infrastructures néolibérales (Danone, Véolia, Intel, Crédit Agricole, fondation Rockfeller, FMI,…). Pour Mohammed Yunus, il faut que l’Etat se désinvestisse du champ social, et c’est ce qui est mis en pratique : le microcrédit sert à la population d’acheter, grâce au privé, des services proposés par le secteur privé. La dérive du microcrédit par rapport au projet originel fait qu’elle sert aujourd’hui aussi à financer les médicaments.

La soumission : Le microcrédit, du moins imaginé dans la Grameen Bank, impose le respect de la discipline et s’oppose explicitement à l’implication des emprunteurs dans des groupes collectifs.

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Note : cet article s’est inspiré d’une partie d’un travail dans une matière à l’UTC. Vous retrouverez le développement en entier, et les sources ici : https://www.dropbox.com/sh/nwa9m4yocfvhjlr/hA5ASo6IYV

Version pdf (attention première page en bas, suite normale):Tract 18 Microcredit

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