II) « De la valeur marchande de l’UTCéen.ne » Vous êtes le produit [partie 2/2]

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Quand on rentre à l’UTC, on ne devient pas éudiant.e dans une école d’ingé. Non. On devient UTCéen.ne. La différence, c’est l’identité. Une identité qui nous colle à la peau, qui permet de nous reconnaître, qui porte un certain nombre de valeurs et se doit donc d’être contrôlée.

« Se doit » car, en tant qu’étudiant.e.s, nous ne sommes pas la finalité de l’université mais un moyen de celle-ci. Par cela, je ne dis pas que tous les enseignant.e.s et personnel.le.s de l’UTC nous instrumentalisent. Je pense plutôt au fait qu’on est à un moment ou un autre choisi dans l’objectif de faire fonctionner la structure. Bien entendu, officiellement tout est fait pour nous. D’ailleurs, quand un.e utcéen.ne se fait virer, le jury nous le justifie par le fait que l’UTC n’était peut-être pas fait pour nous et que c’est pour notre bien qu’on nous invite à nous « réorienter ».

De même pour les stages, dont les choix sont limités par l’idéologie de l’université. L’UTC prétend être la plus à même de savoir ce qui est bon pour nous, mais ça ne la dérange pas qu’on fasse des stages consistant à utiliser pendant 6 mois nos compétences en Excel basique ainsi qu’un niveau de maths de 3ème. La seule différence, c’est la structure dans laquelle on veut aller. Si c’est une multinationale, ça passe quel que soit le projet, car il faut bien se faire voir d’elle et que les statistiques sont plus élevées pour qu’elle t’embauche à haut salaire. Certaines branches ont même mis en place une obligation de salaire minimum de 1000 euros en TN10 pour être sûr que tu sois pas dans un petit labo ou dans une asso.

Comme tout produit, on se fait acheter. Le prix est payable à la fin de chaque mois, ce sont les fameux «  39,7k€ hors prime en début de carrière ». Ceci est dit dans la page de présentation de l’UTC et à tous les amphis de bienvenue. Et pour être compétitif et avoir des classes sociales de plus en plus aisées, il faut augmenter ce prix d’achat. Hameçonné.e.s d’abord, vous devenez ensuite appats, car c’est sur la base de vos statistiques que seront recruté.e.s les futur.e.s étudiant.e.s.

Reproduction des classes sociales. « La démocratisation passe par un rattrapage des retards culturels et non par une diminution du niveau des diplômes » répondit Guy Danielou, président fondateur de l’UTC, à la question mettant en lumière le nombre inférieur de boursier à la moyenne nationale. C’est par cet esprit que la sélection sur dossier permet d’avoir aujourd’hui 2 fois moins de boursiers qu’au niveau national.

C’est admis, on prend les classes sociales les plus aisées. L’argument de G. Danielou est biaisé. Les fil.le.s d’entrepreneur.euses n’intéressent pas l’UTC que pour leur dossier scolaire. De même qu’obtenir des connaissances et des compétences ne constitue pas le (seul) but pour aller à l’UTC.

En effet, l’objectif visé par l’entrée dans une école telle que l’UTC est aussi symbolique : le diplôme décerné à la sortie a une bonne réputation dans les grandes entreprises et les médias entreprenariaux, les mêmes médias qui sont lus par une population de cadres (Usine Nouvelle, Chalenges, l’Etudiant, etc.). En entrant à l’UTC, on valide l’importance de la notoriété entreprenariale dans le choix de notre éducation.

Mais surtout, le but que le mode de sélection de l’UTC sert parfaitement, c’est la constitution d’un réseau social favorable pour les pistons. Une concentration de fil.le.s de riches est un facteur d’enrichissement de ce réseau, ça n’est pas pour rien qu’on demande la catégorie socio-professionnelle dans les fiches d’inscription.

Docilité et contrôle de l’identité utcéenne :

Le monde du travail recherche des étudiant.e.s qui soient dociles et acceptent les règles de l’entreprise, et ça c’est typique d’une école d’ingé : « L’avantage du modèle français réside surtout dans les CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles) qui apprennent à nos cadres français à travailler très intensivement, pendant très longtemps, qui commencent tôt le matin et finissent plus tard que tout le monde ».2

Pour assurer cette docilité, il faut contrôler l’identité utcéenne. Cela passe par la désignation de ce qu’est le.a bon.ne citoyen.ne. Cellui-ci se doit de s’investir dans les assos, mais pas n’importe lesquelles.

« […] nous sommes en droit de refuser la présence d’intervenants extérieurs compte tenu des idées ou des opinions qu’ils véhiculent et qui sont incompatibles avec les valeurs et les principes de fonctionnement de l’UTC »3

Un employé de l’UTC pour l’ingérence associative : le vice président

Sélectionné pour son CV, M Huglo a surtout brillé à son poste pour l’exceptionnelle ingérence dont il a su faire preuve au sein des associations de l’UTC. Et il est payé très cher pour cela ! Du côté du personnel de l’UTC, personne ne sait à quoi sert son poste. Du côté du mileu associatif étudiant, tout le monde en parle.

Son rôle ?

– Vérifier que les assos respectent les « valeurs de l’UTC » (vérifier qu’il n’y ait pas de syndicat étudiant, qu’il n’y ait pas de contestation du libéralisme…)

– Contraindre les associations à une organisation hiérarchique et les pousser à avoir un fonctionnement d’entreprise (au regard du fonctionnement des bureaux actuels des pôles et du BDE, ça marche très bien).
– Pousser à créer un maximum de liens entre les assos du BDE et les multinationales ou le MEDEF.
– Contrôler les communications externes à l’UTC

– Pousser à avoir des représentant.e.s « respectables » dans les bureaux (Cf. démissions passées de TUC)

A son palmarès depuis son arrivée en 2011, on peut noter entre autres : des censures telles que des débats d’Espace Citoyen ; une pression pour empêcher la création de la FEC (Fédération des Etudiants Compiégnois) ; des efforts permanents pour instaurer une méfiance vis-à-vis de toute personne extérieure à l’UTC… Militariste jusqu’aux ongles, il a fait créer Devoir de Mémoire et il a tenté d’imposer la journée des réservistes à Secourut’s (avril 2014) ; il a utilisé les emplois étudiants pour choisir l’orientation de certaines assos comme TUC, il utilise les assos pour gérer ses projets personnels (tentative d’imposer au PSEC son projet de charte de la citoyenneté, d’inviter un ancien militaire pour faire une conférence ou son projet d’accompagnement de « cadres précaires » : RESSORT). Egalement ultra libéral, il oriente des assos vers le MEDEF (comme le GENEPI, l’USEC) ; homophobe il a tenté de faire interdire l’association LGBT Outcoming entre 2011 et 2013 (Selon ses propres dire : « Si une asso commence à parler homosexualité avec la bannière utc, il faut tout autoriser. ») avant qu’un membre de l’association ne lui mettent le code pénal sous le nez et qu’A. Storck intervienne pour qu’il arrête ; il a exigé d’un étudiant qu’il retire son drapeau palestinien à sa fenêtre de Roberval (Roberval n’appartient pas à l’UTC) ; en liaison avec la police municipale, il en a convoqué d’autres parce qu’ielles avaient fait trop de bruit chez elleux…

La liste est longue et parle d’elle-même.

Ses pratiques. Très proche de la mairie, il peut obtenir aux associations qu’il souhaite favoriser une grande réactivité de l’administration de la ville, quand d’autres n’auront jamais de réponse. En devenant indispensable et omniprésent (en copie pendant plusieurs années des mails des assos), il peut choisir les projets qui sont dignes d’exister ou non, sans jamais avoir à laisser lui-même de trace écrite ! Comme il l’a dit à Outcoming, après avoir appelé l’infirmière de l’UTC pour que celle-ci n’organise pas la journée sidaction avec cette association, « Vous m’avez envoyé un mail. Je ne veux surtout pas répondre par mail, car je ne veux pas qu’un jour on le ressorte en disant ça c’est scandaleux. »

Loin de moi l’idée de dire que ces ingérences ne sont reliées qu’à lui. Ces pratiques existaient avant, et ne dépendent pas que de lui. Son rôle envers les assos est porté globalement par l’administration de l’UTC.

Je m’étais promis de faire un tract au sujet de l’UTC avant de partir du monde compiègnois. J’avais des choses à dire, ne pas rester soumis à cette loi et ce fonctionnement. Un tract personnel qui appelle à s’organiser ?

Le passage par l’UTC constitue, pour moi, une portion de « ligne de vie » (lire et relire G. Deleuze pour celleux qui aiment intellectualiser), c’est-à-dire un moment sur un chemin de la facilité, que celui-ci soit tracé par une « aisance » scolaire ou socialement construite. On me disait que c’était bien de « s’ouvrir des portes », mais je me rendais compte à quel point cette expression a peu de sens : un diplôme ferme probablement beaucoup plus de portes par le formatage qui s’opère avant et pendant son obtention qu’il n’en ouvrira jamais dans le champ très réduit du marché du travail. Les seules portes qui s’ouvrent sont celles qu’on enfonce, sinon ça reste un chemin.

Un démissionnaire de l’UTC

 

1 « Un cadre informaticien qui ne met pas à jour ses connaissances tous les 3 à 5 ans est sujet à un vieillissement prématuré et à une obsolescence de sa valeur marchande. » Information UTC, brochure annuelle 1990, page « Institut de Management de l’Information »

2 Responsable formation du MEDEF lors du congrès de la Commission des Titres d’Ingénieur de 2014.

3 F. Huglo, en réponse à l’organisation d’un débat par le PSEC.

Tract téléchargeable par ici: Tract 64 de la valeur marchande de l’UTCéen partie 2

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One Response to II) « De la valeur marchande de l’UTCéen.ne » Vous êtes le produit [partie 2/2]

  1. Ann Onyme says:

    *Deniélou le fondateur de l’UTC. Toujours vérifier ses sources…

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